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GUERMAZ OU LA QUINTESSENCE DE LA LUMIERE
Jean Dominique Rey
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C’est toujours difficile de parler de peinture. Et puis c’est difficile de parler d’un peintre comme Guermaz qui est un homme très mystérieux. Il a l’air tout extérieur, tout en parole, parce qu’il parle admirablement bien. Et puis en faite il parle très peu de lui, il se masque un peu, on a l’impression qu’il avance toujours comme ceci, derrière un masque, où il se réfugie parce que ça ne l’intéresse pas. Tout ce qui est l’ego, comme il dit, pour lui c’est secondaire. Alors c’est très difficile, moi il y a des années que je le connais, et en faite il y a quelque jours que je sais un peu quelque chose sur lui, sur sa vie. Parce que
Alors on peut dire de lui, mais tout ça cest de lanecdote, je ne sais pas ce quil vous a dit de lui même, mais enfin il est né en Algérie et il a commencé très tôt à dessiner. Sur les murs avec un morceau de charbon il dessinait déjà comme ça. Petit à petit il a dessiné davantage et il est allé à Oran. Là il est allé en quelque sorte dans une école de Beaux Arts, où il a appris un certain nombre de chose. Et puis assez vite il est venu à Paris. A Paris il a fréquenté à la fois Montmartre et Montparnasse. Montmartre pour vivre, en faisant des caricature, le soir, et Montparnasse, parce quil était ... il allait dans les académies à la Grande Chaumière pour le dessein, et là en même temps il a rencontré beaucoup de peintre, il a connu les principaux peintres de sa génération et de la génération antérieur, comme Clavet, comme Bélayot, surtout des espagnols. Peut-être parce que tout ça cest un peu le même milieu méditerranéen.
Et donc à Paris il a été à la fois lié aux peintres et en même temps aux poètes. Il était très amis avec une série de poètes comme Louis Guillaume ...
Cest un homme qui a toujours à la fois lu, qui cest intéressé à beaucoup de choses.
Donc il a vécu difficilement en faisant des caricatures, comme un certain nombre de peintre à lépoque. Et puis petit à petit il est devenu, je ne sais pas si le terme lui conviendrait, sil laccepterait, il est devenu petit à petit presquun peintre à part entière. Cest à dire la peinture est devenue un des pôles essentielles de sa vie. Et petit à petit on voit dans sa peinture une grande décantation. Cest à dire petit à petit il ôte tout ce qui est anecdote, et ce quil était obligé de faire passer par exemple dans les caricatures ou dans les desseins de cet ordre là. Et petit à petit dans sa peinture il ne veut retenir que lessentiel. Alors Cest à dire la lumière dans les pays comme lAlgérie, dans le pourtour méditerranéen bouffe un peu tout, mange un peu tout.
Par rapport aux peintres actuels il est, comme tout les peintres intéressants, il est un peu à part. Cest à dire on retrouve chez lui un certain goût de labstraction, mais Cest à dire si on regarde bien son oeuvre on distingue à un certain moment des maisons, des arbres, des choses comme ceci, ou la structure. Mai en même temps il nen retient pas lapparence extérieur: il en retient lessence. Donc il est à la fois dans un courant général qui depuis une trentaine, une quarantaine dannées essaye de donner une nouvelle version des choses à partir de cette décantation de plus en plus forte, mais en même temps il est tout à fait à part dans la mesure où il y a ce problème de lumière qui chez lui est essentiel. Et chez lui la lumière lemporte sur tout.
Alors en dehors de ça il nest pas du tout dans le coup dans la mesure ou depuis dix quinze ans il est totalement en dehors des circuits des galeries. Il a eu un moment une galerie qui était une sorte de miracle dans sa vie, qui sest intéressé à lui, quil la exposé. Il lui a fait de belles expositions, qui a fait quil a été connu et reconnu dun certain nombre de critique, dun public. Et puis la galerie a disparu et lui na jamais essayé de reprendre contacte avec dautres galeries. Il attend peut-être que le miracle se renouvelle une seconde fois. Mais pour lui lessentielle cest de peindre ... de continuer à peindre. Et en même temps que cette peinture rejoigne sa propre sagesse. Cest ça je crois qui est important. Cest là aussi où il est personnel. Cest que pour lui il n y a pas de différence, il ny a pas de barrière. Bon il y a eu une barrière dans sa vie entre par exemple ce quil était obligé de faire pour gagner sa vie et puis sa propre peinture, mais entre sa propre peinture et son comportement et ses idées et tout son cheminement intérieur il ny a pas de différence. On retrouve cette même unité.
Le miracle il lattend en le fuyant. Parce que en même temps il ne veut pas être imbringué dans une sorte de mouvement comme ceci qui serait une contrainte pour lui. Parce que Et qui a un bon jugement sur la peinture contemporaine, qui a un jugement très sain. Il voit bien les choses.
Il y a deux tendances chez Guermaz. Il y a une tendance qui est faite de matière et quil nabandonne pas complètement aujourdhui même et où la matière accroche la lumière en quelque sorte et où il y a une sorte dépaisseur sur la toile. Alors et en même temps cest une tendance qui est un peu plus figurative chez lui. Ce sont des murs, se sont des maisons, des constructions, des choses comme ceci. Mais ça cétait beaucoup plus évident il y a une vingtaine dannées à peu près. Tandis que maintenant lévolution à fait que il a décanté de plus en plus et lévolution cest la lumière qui la définit en quelque sorte. Mais au lieu quavant cétait des points dattache forts avec la matière, maintenant cest presque lisse et cest uniquement dans quelques tâches lumineuses et ce petit accroc de lumière. Et cest ça son évolution vers une plus grande évolution. Exactement comme dans sa vie il veut arriver à une plus grande décantation, à ne plus dépendre de presque rien.
Guermaz est aussi poète. Il a écrit assez tôt des poèmes. Et je faisait allusion tout à lheure au moment où il était en contacte avec pas mal de poète ici, Louis Guillaume, Emier et quelques autres, Pierre Seguère etc. Il a publié ici où là quelques poèmes. Je ne sais même pas sil a pas eu une sorte de prix de poésie. Il a un sens de la poésie et il lit admirablement la poésie. Quand il a lu un poème il va vraiment à lessentiel là aussi et il sait sortir les trois vers ou les trois lignes ou les trois mots les plus importants de ce poème tout de suite. Donc il a un sens, une grande ouverture à la poésie. Ce qui est tout à fait en accord avec sa peinture.